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Episode pilote - 1re partie - Loin des cieux - 05
Base de l'ISM, Quartiers du caporal John Agesilas, planète Lumen, 19 mai 2356

Bérénice fredonnait légèrement en examinant le terminal posé sur le bureau devant elle. Une expression d’intense satisfaction illuminait son visage mince et pâle. Lock ne put réprimer un sourire : la jeune technicienne adorait travailler sur le terrain – même si pour elle, le terrain se résumait pour l’essentiel à s’asseoir sur une chaise qui n’était pas la sienne, dans un bureau qui n’était pas le sien, après un bref trajet sous un ciel extra-terrien entre le Paragon et le lieu où son expertise était requise.
 
Rossner, les bras croisés sur sa poitrine, un sourcil haussé, fixait dubitativement la jeune femme aux longs cheveux platine qui aurait tout aussi bien pu être seule dans la pièce. Pourtant, le studio du caporal Agésilas n’avait sans doute jamais contenu autant d’occupants : les trois Soffies, le capitaine Meecham et Rossner lui même se trouvaient contraints à une promiscuité inconfortable.
Toujours avec la même désinvolture apparente, la comptech effectua quelques réglages, laissant ses doigts voler sur le clavier en une danse dont elle seule connaissait le rythme. Elle s’arrêta pour tirer d’une besace fatiguée deux câbles et brancha le premier sur l’interface  du terminal.
 
"Une connexion filaire ?" S’étonna à haute voix Meecham, sans chercher à cacher qu’il trouvait les moyens de l’ISO rétrogrades.

Lock haussa les épaules :

"D’après misser Férier, c’est bien plus sécurisé. Vu le nombre de personnes qui vivent et travaillent dans cette base, un ennemi pourrait aisément  infiltrer un agent. Vous ne voudriez pas que des données confidentielles se baladent dans tout l’Intermonde ?"
 
Le visage de Rossner se plissa et ses bras retombèrent à ses côtés, mais la réponse cinglante qu’il réservait à Lock fut coupée court par un regard de Meecham, qui ne semblait pas être plus heureux que le responsable de la sécurité mais contrôlait mieux ses expressions. Lock rit silencieusement, tandis que son regard se reportait sur la comptech déléguée à son équipe : Bérénice Férier (avec trois accents), Berry pour ses collègues et ses amis. Ce surnom s’avérait commode, dans la mesure où une prononciation hasardeuse des consonances françaises de son nom entraînait le risque de s’attirer les foudres de la jeune technicienne. Berry était employée par l’ISO à titre civil, en tant qu’agent technique, mais elle avait été affectée quatre ans plus tôt à l’équipe de Lock, à temps complet.

 
Bérénice installa sur le bureau un petit boîtier métallique, auquel elle connecta le câble qui partait du terminal, puis brancha le second câble sur l’interface de sortie du boîtier. Elle vérifia attentivement les données affichées par l’écran du boîtier et régla du bout des doigts l’interface tactile.
 
"Toujours une mesure de sécurité ? Demanda Meecham, laissant filtrer une légère pointe caustique dans sa voix bien disciplinée.

- Oui, répliqua Lock un peu plus durement. La sienne. Misser Férier est équipée d’une ICHM. Il est déjà arrivé qu’un terminal saboté envoie une surcharge électrique ou des données piégées directement dans le cerveau d’un comptech et elle n’a pas envie d’être réduite à l’état de légume jusqu’à la fin de ses jours."

Meecham haussa un sourcil et déclara froidement :

"Certains de nos techniciens et pilotes emploient également des ICHM.

- Mais vous n’avez pas l’habitude de travailler en contact étroit avec eux", constata simplement Lock.

Meecham ne trouva rien à répondre. La taille restreinte de l’ISO et sa division en petites unités privilégiaient la coopération étroite d’agents dotés de talents très différents. Chacun savait précisément comment opérait ses partenaires : c’était bien souvent une question de survie. Le processus que subirait bientôt Berry le plongeait dans une secrète fascination, accompagné d’une certaine crainte pour la psyché de la jeune femme. Certes, aucun comptech ne pouvait être défini comme "normal », mais c’était vrai de la plupart des autres agents, dans un style sensiblement différent. Sauf peut-être Cid…

Il se détourna pour lancer un regard en direction de son premier lieutenant, qui se tenait raide, les mains derrière le dos, ses prunelles vertes comme aimantée par la forme élancée dans le fauteuil. Les deux membres féminins de son équipe n’avaient quasiment rien en commun. Même si Cid et Berry étaient sensiblement du même âge, le lieutenant considérait qu’il était de son devoir de veiller sur la fantasque comptech, comme une grande sœur protectrice aux valeurs un peu rigides. Mais si le monde venait à s’effondrer autour d’eux, Lock supposait que Berry, en dépit de son apparente fragilité, démontrerait la meilleure capacité de survie.

Une fois ses réglages terminés, Bérénice repoussa en arrière ses longues mèches blondes pour découvrir le port de branchement de son implant, juste derrière son oreille, à la limite de sa chevelure. La prise biosynthétique, transpercée de ciselures, luisait doucement sous sa finition argentée, comme un étrange bijou collé sur la peau blanche. Adroitement, elle interfaça le câblage  avec son implant.

Lock retint un frémissement. La simple idée d’avoir un engin planté dans la cervelle le rendait presque malade, mais Berry, comme un grand nombre de comptech, avait accepté l’opération dans le seul but d’accroître sa performance. La jeune femme avait tenté de lui expliquer que c’était le prolongement logique de l’acquisition de ses compétences, mais il ne parvenait pas à s’en convaincre : ce n’était pas plus naturel que d’être génétiquement modifié ou d’avoir des essaims de nanomachines en liberté dans le sang. Cependant, Berry parvenait presque à le faire croire.

La jeune femme s’installa confortablement dans le fauteuil. Les yeux clos, elle se laissa aller contre l’appui tête ; tous ses muscles se détendirent, comme si elle était tombée profondément endormie en l’espace de quelques secondes. Mais Lock savait qu’il n’en était rien. Pour elle, le monde extérieur avait juste cessé d’exister. Dans ces circonstances, la jeune comptech devenait si totalement vulnérable que Lock exigeait que même dans leur quartier général, un ou plusieurs membres de l’équipe demeurent auprès d’elle,  prêt à la défendre ou l’assister en cas de problème.

"Et qu’est ce qui se passe, maintenant ?" demanda nerveusement Rossner.

- Maintenant ?  Répondit Lock d’une voix tranquille. C’est simple…"

Le capitaine des Soffies sourit et s’adossa confortablement contre le mur, les bras croisés :

"Nous attendons."
 
♦ ♦ ♦

Base de l'ISM, Terminal du caporal John Agesilas, planète Lumen, 19 mai 2356

Alors même que sa conscience plongeait dans l’altercon, Bérénice Férier laissa son intense satisfaction envelopper sa psyché comme un vêtement confortable. Elle n’était ni arrogante, ni imbue d’elle-même, non… Mais elle se voyait comme la "petite puce électronique qui assurait son travail dans le gros système" et qui au final, pouvait faire toute la différence dans son fonctionnement. La plupart des gens ignoraient tout des possibilités qu'offrait à un comptech l'alliance d'une expertise approfondie et de l'optimisation technologique de ses facultés. Même un comptech laissait visible à un autre comptech des traces infimes de ses intervention ou tout simplement de son passage.

Progressivement, elle sentit toutes ses perceptions du monde extérieur s'évanouir, comme si elle était en train de s'endormir. Cependant, son esprit demeurait parfaitement lucide.. Elle observa un instant l'étrange ballet des lueurs qui persistaient sur ses rétines, les laissa s'éteindre avant de focaliser son attention sur les nouvelles sensations qui s'éveillait soudain, redéfinissant autour d'elle une réalité aussi tangible que celle qui son ouïe, son toucher, sa vue lui offraient du monde habituel, mais qu'elle ne percevait pourtant par aucun de ce sens.

Lorsque les premiers modèles expérimentaux d'ICHM avaient été implantés, leurs concepteurs n'avaient pas soupçonné que certains des comptech qu'ils équipaient développeraient un sens nouveau, qui leur permettait de percevoir les flux de données et de les manipuler. Mais il était aussi difficile à ceux qui l'expérimentaient de l'expliquer qu'au reste de l'humanité de le concevoir.
Bérénice "tatônna" autour d'elle ; presque aussitôt, un flux de donnée surgit sous sa sollicitation, lui traçant un chemin ténu vers le cœur de la mémoire résidente. Le terminal était connecté à un serveur central, par le biais d'une connexion personnalisée. Elle repoussa d'une pensée condescendante les codes de sécurité qui tentaient de barrer se progression vers le paysage chaotique qui s'offrait à elle.

Une fois au cœur du système, elle prit le temps d'en observer la configuration, à la recherche des irrégularités qui signalaient des anomalies ou de dysfonctionnements, sans rien déceler de flagrant. Elle commença par examiner les applicatifs, pour vérifier que rien n'avait été modifié ultérieurement à la programmation initiale pour dissimuler des informations. N'y trouvant rien de suspect, elle reporta son attention sur les données archivées : les plus récentes présentaient un relief plus acéré.

Elle les effleura légèrement pour les envoyer vers le décodeur intégré à son implant. Cet accessoire interprétait les données numériques et les envoyaient sous forme de chiffres, de lettres, d'images ou de son vers les zones du cerveau spécialisées dans ce type de perception. Les informations se mirent à danser tout autour d'elle ou, plutôt, autour de ce noyau de conscience qui traduisait sa psyché dans cet univers. Elle se donna le temps de discipliner le flux anarchique avant d'examiner à quoi elle avait à faire.

Des informations d'une affligeante banalité : messages de service de la base, démarches administratives, documentations sur les armes et les vaisseaux, catalogues d'équipements de survie... Les seules choses susceptibles d'intéresser un Spartan comme Agesilas. Elle oblitéra les perceptions visuelles et se focalisa de nouveau sur ce que lui indiquait son sens spécifique. Tout s'avérait normal, si ce n'était... Oui, elle le percevait à présent. Un léger flou juste sous la couche de code, une certaine... rugosité. Délicatement, elle repoussa les couches de données et observa soigneusement les traces résiduelles de fichiers effacés.

Avec précaution, elle les manipula pour leur restituer leur relief initial. Leur état se révélait remarquablement bon. Aucune perte notable n'était à déplorer : juste quelques lacunes mineures qui ne poseraient aucun problème d'interprétation. Elle les envoya d'une pensée vers son décodeur : des chaînes de caractères et de chiffres coulèrent autour d'elle, confirmant ses soupçons. Une épaisse couche de cryptage protégeait les données, bien trop complexe pour que le soldat Agelisas puisse en être l'auteur. Les choses devenaient intéressantes...

♦ ♦ ♦

Base de l'ISM, Quartiers du caporal John Agesilas, planète Lumen, 19 mai 2356
 
Les yeux fixés sur sur la mince silhouette, toujours inerte dans le fauteuil, les deux officiers de l'ISM avaient peine à dissimuler leur impatience croissante. Rossner s'agitait nerveusement : si la pièce avait été plus spacieuse, il se serait mis à l'arpenter de long en large.  Meecham se tourna vers Lock :

"Vous êtes sûr que..."

Il ne prit pas la peine de poursuivre sa phrase, se contentant de hausser un sourcil dubitatif. Lock posa sur lui un regard serein :

"Capitaine, misser Férier est l'une des meilleures comptech de l'ISO. Elle doit se trouver en plein travail et la déranger maintenant pourrait compromettre son travail... ou même la mettre en danger. Une fois qu'elle aura terminé, vous aurez un rapport complet pour vos dossiers, c'est promis."

Meecham, un pli de crispation à la commissure des lèvres, choisit de ne pas répondre. Cid observa l'échange en silence avant de reporter son attention vers la comptech ; Rag détourna la tête pour dissimuler un sourire ironique.

♦ ♦ ♦

Base de l'ISM, Terminal du caporal John Agesilas, planète Lumen, 19 mai 2356 
 
L'implant de Berry avait été équipé d'autant de programmes de décryptage qu'il pouvait en contenir,  chacun reposant sur des algorithmes différents. Elle aurait pu lancer l'ensemble des traitements, mais elle préférait examiner d'abord à quoi elle avait à faire afin de déterminer la procédure la plus adaptée, ce qui était au final un gain de temps. Même s'il n'y avait pas d'urgence particulière, elle avait compris que regarder un comptech en pleine action – ou en pleine inaction – n'était pas particulièrement passionnant pour ses collègues. De plus, c'était une procédure bien plus gratifiante.

Malheureusement, les différents traitements auxquels elle soumit le code échouèrent totalement. Au bout de la cinquième tentative, elle sentit la nervosité la gagner. Elle se força à demeurer calme : l'excitation excessive d'un cerveau connecté par  ICHM pouvait interférer avec les données et les flux. Elle devait rester logique... Le caporal Agesilas n'était pas l'auteur de ce cryptage, on avait donc dû lui fournir une clef.  Quelque chose de plus complexe qu'un simple mot de passe... Un agent infiltré la lui avait-il remise sur un support matériel ? Ou envoyé sous une autre forme ?

Berry se tourna vers les fichiers qu'elle avait poussés sur le côté quand elle avait dégagé les informations effacées. Elle entreprit d'examiner soigneusement la provenance de chacun : les messages de la base et issus d'entités administratives étaient tous parfaitement réguliers. Il n'y avait aucune divergence dans les infimes traces laissées par leur progression sur le réseau.

Agesilas avait téléchargé une masse importante d'informations de différents sites spécialisés sur le matériel militaire et paramilitaires. La plus grande partie était issue de branches de grandes corporations en partenariat avec l'ICG, comme SKANDA, VIPER ou IGNIS, les fournisseurs habituels de l'ISM, le reste de sociétés plus confidentielles, comme HARP ou EOLE. Elle connaissait bien leur signature particulière, qu'elle avait souvent croisée en analysant des données issues d'ordinateurs militaire. A priori, nombre de soldats aimaient à accroître leur expertise sur le sujet, par pur intérêt ou dans l'espoir de progresser dans leur carrière. Elle ne pouvait cependant exclure la possibilité que le contact du caporal soit employé par l'une de ces firmes.   

Restait le catalogue... En le passant sur son décodeur, elle ne put s'empêcher de le "feuilleter" et de s'étonner de la variété et de l'ingéniosité des articles proposés. L'idée de bactéries génétiquement modifiée, présentées en poudre lyophilisée pour assainir l'eau avait quelque chose de jouissif. Elle ne put s'empêcher de songer aux têtards qu'elle pêchait dans les flaques de boue, près de chez son grand-oncle en Colombie britannique. Il y avait peu de choses capables de la dégoûter ; elle en avait remontré à plus d'un, même à des garçons plus âgés qu'elle, quand elle était encore une gamine maigre et blafarde, à l'accent francophone prononcé et farouchement indépendante. Étrangement, ce qui aurait pu être considéré comme des défauts insurmontables chez d'autres enfants la rendait étrangement populaire. Sauf auprès des imbéciles, mais c'était plutôt une bonne chose.

A contrecœur, elle s'arracha aux pages numériques sur lesquelles l'image de chaque produit, rendue en 3D, tournait lentement pour analyser la provenance du document lui même. Une société nommée GÉTECH. L'emploi d'un caractère accentué n'était pas pour lui déplaire. Elle aimait les accents : cela valait mieux, avec le nom qu'elle portait. Pourquoi donc le caporal Agesilas avait-il eu besoin de se renseigner sur ces produits ? Ils paraissaient dans l'ensemble assez novateurs et... hors de prix. Pas le matériel standard de l'ISM. En avait-il eu besoin pour une expédition officieuse ? Ou bien...

Prise d'une inspiration subite, elle rappela le catalogue et le parcourut de nouveau, examinant chaque entrée, jusqu'à ce qu'elle trouve ce qu'elle cherchait. Alors que toutes les références se déclinaient en combinaisons de chiffres et de lettres, un des articles, une tenue de randonnée ultra-légère, portaient un nom complet suivi d'un chiffre : Agis 400. Elle passa ce terme dans l'encyclopédie intégrée dans on implant et reçut aussitôt la réponse : un roi de Sparte légendaire, qui avait renoncé au luxe pour un mode de vie dur et austère et avait tenté de réformer la société spartiate dans un sens presque progressiste. Il avait mal fini, ce qui n'avait rien de surprenant – Berry n'avait été très fanatique de la société des grecs anciens, qui lui paraissaient être des faux moralistes à l'esprit étroit, même pour des antiques. Le tout premier modèle Spartan, celui dont découlait directement les Agesilas, portait le nom de code d'Agis. Quand à 400, c'était le nombre basique de Spartan dans un naissain. Comme appel du pied, on ne faisait pas mieux...

Le catalogue proposait le téléchargement d'une holosimulation. Une rapide analyse lui suffit pour déterminer que cette action installait sur l'espace du client un programme résident, qui devait décoder les messages crypté envoyés au caporal grâce à un simple mot de passe. Ce programme se cachait innocemment sous la forme d'un interpréteur de données de format propriétaire, comme en distribuaient parfois les grandes firmes.  

 Elle possédait à présent tous les éléments... Avant d'absorber les données pertinentes dans l'espace protégé de son implant, elle activa ses pare-feux – il était déjà arrivé qu'un programme soit conçu pour envoyer un virus au sein d'un implant. L'interface d'une ICHM avec le cerveau était si absolue que le dysfonctionnement majeur entrainé par une contamination pouvait endommager les connexions neuronales. Bérénice avait beau faire partie du personnel technique de l'ISO, elle aimait à penser qu'elle vivait  autant, sinon plus de situations dangereuses que les agent des Forces spéciales. Elle se gardait cependant de trop l'évoquer devant eux : les militaires avaient la fâcheuse habitude de dénier à leurs collaborateurs civils le droit de pratiquer le risque comme eux le faisaient couramment.  

Une fois le transfert terminé, elle entama son retrait.

♦ ♦ ♦

Base de l'ISM, Quartiers du caporal John Agesilas, planète Lumen, 19 mai 2356

La jeune femme dans le fauteuil remua légèrement : juste un soubresaut, un frisson presque imperceptible. Aussitôt, Lock bondit en avant et posa une main vigoureuse sur le bras mince de la jeune femme.

"Berry ? Tout va bien ?"

Les paupières pâles, veinées de fins vaisseaux bleus frémirent et s'ouvrirent lentement, très lentement sur les prunelles bleu pâle. Sous l'assaut de la lumière, elles faillirent se refermer, mais la jeune comptech lutta contre ce réflexe, plissant les yeux en tentant de les focaliser sur le capitaine de l'équipe.

"Berry, tout va bien, Puce ?"

Au son du mot français horriblement prononcé, les lèvres de la jeune femme esquissèrent un léger sourire. Avec un soupir, elle s'étira pour chasser la raideur de ses muscles :

"Tout va bien, Lock, fit-elle, son léger accent français flottant sur les sonorités d'une vibrante voix d'alto, un peu ensommeillée. 

A sa question silencieuse, relayée par les regards tendus derrière son épaule, elle poursuivit :

"Je pense avoir ce que nous cherchons. C'était... Facile."

La sérénité de sa voix pouvait tromper Rossner et Meecham, les persuader que tout était parfait – c'était d'ailleurs le but de cette manœuvre. Mais pour Lock, Cid et Rag, il en allait autrement. Bérénice n'appréciait pas la facilité, parce qu'elle n'offrait aucun défit à ses talents. En général, après une analyse réussie, elle expliquait d'emblée et avec force détails de quelles terribles difficultés elle avait triomphé. Mais si elle disait que c'était facile...

Cela voulait dire que c'était trop facile.

Creative Commons License

Date de création : 22/01/2010 @ 23:16
Dernière modification : 09/04/2010 @ 13:57
Catégorie : Episode pilote - 1re partie
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