Série
Univers
Exprimez-vous !
Venez nous rejoindre sur le FORUM PARADIS XXIV Vous voulez aider à faire connaître Paradis XXIV ? Page Facebook Visites
Sondage
Vous aimez ce site...
|
Episode pilote - 2e partie - Loin des cieux - 17
Base de l'ISM, planète Lumen – centre de commandement, bureau du Marine General Carsen, 23 mai 2356 .
Lock demeura un long moment silencieux, à regarder le Marine Général, sans savoir quoi dire, quoi faire. Il s'était attendu à une réaction brutale, mais ceci... c'était tout simplement incompréhensible. La tension crispait chaque muscle de son corps. Il ne pouvait qu'attendre. Attendre que l'homme en face s'explique, revienne sur des paroles qui avaient – c'était une évidence - dépassé sa pensée. Mais Carsen n'en avait aucunement l'intention : "Vous m'avez bien entendu, capitaine Lockhart. Vous allez immédiatement quitter cette planète. Tous les trois." Lock secoua l'incrédulité puis la consternation qui menaçaient de le submerger ; il s'éclaircit la voix avant de déclarer d'un ton calme, délibéré et d'une courtoisie qui le surprit lui-même : "Mon Général, vous êtes bien conscient du fait que dans le cas d'une affaire prioritaire, l'ISO dispose des pleins pouvoirs pour intervenir au sein de l'ISM ? - J'en suis parfaitement conscient, répondit le Marine General d'un ton polaire, mais tout aussi calme. - Vous savez également que votre réaction peut-être assimilée à un refus d'obtempérer ? - Je le sais, capitaine." L'officier de l'ISO fixa son interlocuteur, incapable de comprendre cette étrange détermination qui pouvait pousser un homme puissant, brillant et respecté – malgré ses fautes et de ses manquements personnels – à risquer ainsi sa position. Même s'il avait pu lui laisser supposer le contraire par son attitude et ses paroles, il ne croyait pas une seconde que Carsen pouvait être impliqué dans cette affaire. La probité, l'intégrité de Cid n'étaient pas seulement des traits de caractères propres à la jeune femme, toute son éducation avait exalté ces valeurs autant, il en était persuadé, par l'exemple que par le discours. Pourtant, cette réaction n'était pas exactement celle d'un innocent. L'homme brillait ouvertement par son orgueil et Lock devait reconnaître malgré lui qu'il aurait été déplacé de sa part de le juger sur ce critère. Sa propre volonté, qu'il ne pouvait même pas qualifier d'inconsciente, de faire payer au Marine General la façon dont il traitait ses agents avait sans doute joué un rôle dans le désastre annoncé. Et étrangement, il n'avait aucune envie de voir Carsen se saborder ainsi. En dépit de leur différend, la relation entre Cid et son père retenait une intense part émotionnelle : tout ce qui pouvait discréditer Carsen ne pourrait manquer d'atteindre son lieutenant. Et Lock réalisait aussi, même s'il était douloureux pour lui de l'admettre, qu'il n'était pas exactement la personne la plus appropriée pour instruire le Marine General sur la meilleure façon de gérer une relation père-fille. Secouant légèrement la tête, il leva une main pour la passer sur sa nuque et en profita pour jeter un bref coup d'oeil vers les membres de son équipe. Il ne fut pas surpris de voir que Berry tremblait presque de colère contenue et gardait le silence à grand-peine. Quant à Rag... Le genhum n'affichait pas ses états d'âme aussi librement que la comtech. Des années de conditionnement et d'entraînement militaire y avaient veillé. Mais cela ne signifiait pas qu'il ne ressentait rien et Lock connaissait assez bien son sergent pour noter la tension qui avait envahi son corps et cette expression subtile de fatalisme lucide, de tristesse résignée. Lock sentit son estomac se nouer, sous l'effet de la honte qui se surajoutait à la culpabilité. Il aurait dû écouter le jeune homme, se fier à ses instincts et son bon sens comme il le faisait habituellement. Il n'aurait certainement pas dû se servir de lui pour défier les tendances sectaires de Carsen. Quand le regard de Lock revint sur Carsen, le capitaine de l'ISO réalisa qu'il n'était pas le seul à avoir baissé brièvement sa garde. S'il avait attendu une demie seconde de plus, s'il avait été moins attentif, il aurait sans doute loupé l'expression qui déforma les traits parfaits du Marine General, le temps d'un clignement de paupière. La crainte ? La souffrance ? Un mélange des deux ? Mais rien de la haine, de la colère qui aurait dû s'y manifester. Presque aussitôt, le mur de glace que le Marine General semblait avoir créé entre le monde et lui-même s'érigea de nouveau. Lock se tourna vers Rossner et Elmanassir, notant l'expression sidérée du premier et celle, bien plus gardée, du second. D'un ton aimable mais ferme, il s'adressa à eux : "Messieurs, je souhaiterais m'adresser au Marine General seul à seul. Je vous demanderai donc de quitter cette pièce. Même chose pour vous", ajouta-t-il à l'attention de Rag et de Berry. Berry obtempéra sans tarder ; elle semblait à la fois satisfaite de voir Lock prendre la situation en main et déçue de ne pouvoir assister à la suite. Bien que manifestement soulagé d'échapper à la tension presque palpable qui régnait dans la pièce, Rag s'attarda juste assez longtemps pour lancer un regard où il parvenait à faire passer son soutien plein et entier à son officier supérieur et son regret de devoir le "déserter", même sur ordre. Lock crut même voir jouer dans les profondeurs dorées une vague culpabilité. Avant même que le capitaine puisse s'en révolter, les longues enjambées du grand gencon l'avait conduit hors du bureau. Focalisé sur les deux membres de son équipe, Lock ne put vérifier si le même type de communication silencieuse s'était établi entre Carsen et ses subordonnés, non que son avis puisse intervenir en quoi que ce soit. Cependant, il nota que Rossner avait été le premier à s'exécuter, d'une allure inquiète et nerveuse, tandis qu'Elmanassir, raide et offusqué, semblait à deux doigts de protester. "Capitaine...", prononça Lock à son attention, avec une politesse soigneusement appuyée. Elmanassir plissa légèrement les yeux, expira bruyamment et suivit enfin son collègue. La lourde porte se referma derrière eux avec un bruit puissant et définitif, comme si le bureau était à présent scellé du monde extérieur. Restés seuls au sommet du centre de commandement de Lumen, les deux hommes se toisèrent mutuellement. ♦ ♦ ♦
Base de l'ISM, planète Lumen – centre de commandement, 23 mai 2356.
Les vidéos tournaient en boucle sur les écrans et poursuivaient leur exaltation naïve des valeurs de la Marine Spatiale, indifférentes à la tension que les quatre personnes qui occupaient à présent l'antichambre avaient transportés avec eux. Berry, la seule civile présente, s'était laissé tomber dans l'un des profonds fauteuils bleus et dardait sur les deux capitaines de la Marine Spatiale un regard meurtrier : "Cela lui arrive souvent, à votre général, ce style de crise ?" lança-t-elle d'un ton irrité, les sourcils dangereusement froncés au-dessus de prunelles chauffées à blanc. Rossner écarquilla les yeux, surpris de cette tirade hargneuse ; Elmanassir lui lança un regard dédaigneux : "Si j'étais vous, Misser, prononça-t-il en appuyant particulièrement sur la civilité, j'éviterais ce genre de commentaire. Même si vous ne comprenez manifestement rien à la façon dont fonctionne l'ISM, cela n'excuse pas l'absence totale de respect et de courtoisie que vous manifestez, uniquement parce que les politiques se servent de vous pour faire leur sale boulot." Berry se redressa violemment, fixant avec un égal dédain le visage mat de l'adjoint du Marine General : "Comme si l'ISM était irréprochable ! Je me demande si vous êtes naïf ou si vous fermez les yeux sur tous les trucs sales qui se passent dans vos rangs ! - C'est en hackant nos systèmes que vous avez tiré ces conclusions ?" ricana Elmanassir. Rag sentit qu'il était temps d'intervenir : la situation s'annonçait inextricable, mais s'il y avait le moindre espoir d'arranger les choses, l'accumulation des rancœurs de part et d'autres pouvait le faire sombrer. Il se pencha légèrement vers Berry et posa une main douce et ferme sur son épaule. La jeune femme ravala la réponse qu'elle formulait déjà et leva les yeux vers son collègue : "Calme-toi, lui dit-il à mi-voix. Je comprends que tu soies en colère, mais nous savons trop peu de choses pour porter un jugement. Le Marine General a peut-être une raison valable d'agir comme il le fait. Même si cela ne nous plaît pas." La comptech serra les dents et détourna les yeux, mais ne fit aucun geste pour échapper à son contact. Rag la sentit se détendre légèrement et hocha la tête avec un sourire. "Le sergent a raison, Misser, intervint Rossner. Il est préférable de laisser le général et le capitaine Lockhart en discuter entre eux." Même si le spécialiste de la sécurité montait dans son estime, il s'obligea délibérément à ne pas reporter son attention sur l'officier, à se consacrer, juste un instant, entièrement à Berry. Les émotions de la jeune femme n'étaient jamais aussi violentes que ses réactions parfois excessives pouvaient le faire croire. Si elle n'avait pas eu, au fond, la tête froide, jamais elle n'aurait pu devenir une comptech de ce niveau. Il avait confiance en elle, une confiance dont ils avaient pu saisir toute l'importance dans des circonstances dramatiques. Et cette fois ne faisait pas exception : s'il lui faisait sentir, ici et maintenant, toute cette confiance, elle retrouverait rapidement son bon sens. Quand il fut sûr qu'elle avait relâché, au moins en partie, la tension qui l'habitait, il se redressa et ôta sa main de son épaule. Adossé entre deux écrans, les bras croisés, Elmanassir l'observait avec suspicion. "Heureux de voir que vous connaissez votre place, lança-t-il avec un sourire mesquin. Il est dommage qu'il n'en aille pas autrement de votre capitaine." Rag prit sur lui de ne pas répondre aux provocations de l'homme. Si l'ISO avait une bonne image auprès du grand public, il en allait autrement des différentes structures où l'agence paramilitaire pouvait être conduite à intervenir. Pour exposer les choses poliment – et Rag mettait toujours un point d'honneur à ne jamais se départir de cette élémentaire politesse, les Soffies n'étaient qu'une bande de flics fouineurs, les chiens fidèles de l'ICG, prêt à faire payer le moindre écart, volontaire ou non. En un sens, il pouvait comprendre cette réaction. Même au sein de l'ISO, il n'était pas toujours possible de se conformer strictement aux règles et d'assurer un déroulement parfait de toutes les opérations. Se faire spolier de la possibilité de régler les soucis en interne était tout simplement humiliant. Mais il y avait parfois des situations qui nécessitaient une intervention extérieure et l'ISO restait le mieux placé pour l'assurer. "Après tout, ajouta Elmanassir avec un crescendo vers la perfidie, peut-être que la manipulation génétique n'était pas si mal, si elle permettait d'obtenir d'aussi bons petits soldats..." Il haussa les épaules : "Bien évidemment, je parle pour l'ISO. Nous avons été forcé de récupérer les fins de stock de l'ICG, je suppose que l'ISO s'est porté volontaire... peut-être pour s'assurer d'obtenir les meilleurs modèles." Berry sauta sur ses pieds, les poings serrés : "Comment... " D'un geste de la main et d'un regard, Rag l'arrêta ; d'un mouvement rapide, il se plaça entre elle et Elmanassir et toisa l'officier qu'il dominait de plus d'une tête : "Capitaine, dit-il d'un ton ferme mais courtois, je ne vois pas pourquoi vous tenez à transformer ce regrettable incident en une affaire personnelle. Avec tout mon respect, je vous prierai de cesser vos provocations." Le capitaine lui adressa un sourire narquois : "Vraiment, sergent ? Vous me priez ? Tout compte fait, ils n'ont pas réussi à éliminer le gène de l'arrogance. " Il plissa les yeux, son regard sombre dur comme l'obsidienne et reprit plus gravement : "Vous savez très bien, sergent, que votre présence n'est pas tout à fait anodine. Qu'en vous permettant d'avoir une position active dans cette enquête, votre supérieur a froissé la sensibilité de nos troupes. Vous n'êtes pas forcément un atout pour votre équipe. Oh, je ne remets pas en cause votre talent ou votre intelligence. Ce serait de ma part un manque de lucidité. Mais vous êtes ce que vous êtes et vous ne pourrez jamais rien y faire." Chacune des paroles d'Elmanassir semblait heurter un point sensible. Mais ce n'était rien de nouveau pour Rag. Il avait maintes fois entendu de semblables arguments. Et bien souvent... il en était l'origine. "Le Marine General n'apprécie pas vos semblables. Et il n'apprécie pas non plus que sa fille travaille aussi étroitement avec l'un d'entre eux. D'autant que vous semblez... " Il lança posa un regard entendu sur la mince silhouette de Berry, qui le fixait avec une répugnance non dissimulée : "…un peu proche de vos collègues féminines." Le genhum aurait pu protester, expliquer que s'il était effectivement proche des deux jeunes femmes de son équipe, c'était un lien de nature fraternelle... Que jamais, oh grand jamais, il n'aurait songé à autre chose, du moins en ce qui concernait Cid. Berry... C'était différent. Un passage nécessaire, dans des circonstances particulières, des années auparavant. Mais c'était terminé, presque avant d'avoir commencé. Et tout ce qu'il pouvait dire se retournerait contre lui. Il se contenta de murmurer avec lassitude : "Vous pouvez penser ce que vous voulez, capitaine. Rien ne pourra vous en empêcher." Rossner choisit ce moment pour entrer en scène : "Ça suffit, Hassim ! Lança-t-il d'un ton scandalisé. Ce garçon ne vous a rien fait. Ces provocations gratuites ne riment à rien." Elmanassir esquissa un sourire crispé : "Peut-être, Brighton, peut-être... Mais s'il n'a rien fait, pourquoi le Marine General ne supporte-t-il même pas de poser les yeux sur lui ?" ♦ ♦ ♦
Base de l'ISM, planète Lumen – centre de commandement, bureau du Marine General Carsen, 23 mai 2356 .Lock fut le premier à émerger de cette confrontation muette. Il s'avança de quelques pas et détacha de sa ceinture un petit boîtier noir et luisant qu'il activa avant de le poser sur le bureau du Marine General. Quand Carsen esquissa machinalement un mouvement de recul, il ne put réprimer un sourire tendu : "Juste un brouilleur, mon général. Je veux être certain que votre... décision ne relève d'aucune cause extérieure." Carsen releva légèrement le menton, le visage figé en un masque obstiné. Lock appuya les deux mains sur le bureau et observa l'officier supérieur sous ses paupières légèrement plissées : "Si vous avez quelque chose à me dire, c'est le moment." Le Marine General esquissa un rictus agacé : "Nous n'avons pas besoin de cela, capitaine, fit-il sur le ton de la remontrance. Je suis entièrement responsable de mes propres décisions et je suis prêt à les assumer. Vous devriez en faire autant." Lock se redressa, croisa les bras et sourit ironiquement : "Je ne connais personne qui ne puisse donner prise d'une façon ou d'une autre au chantage, mon général. Votre dossier n'est pas exactement couleur de neige..." Carsen darda sur lui un regard surpris : "Je ne vois pas... - Août 2315... Vous ne voyez toujours pas ?" Le regard du Marine General se troubla. "Comment s'appelait-elle déjà ? Poursuivit Lock avec une insistance acerbe. Torres, c'est cela ? Rosa Torres ?" Carsen se retourna d'un bloc vers la verrière derrière le bureau, pas assez vite pour dissimuler la pâleur subite qui avait envahi ses traits. Même s'il ne pouvait pas discerner son expression, le capitaine nota la raideur de ses épaules et sa respiration saccadée. "Vous ne reculez devant rien, n'est-ce pas ? Murmura le Marine General avec amertume. - Une plainte pour enlèvement, ce n'est pas anodin", rétorqua Lock sèchement. La haute silhouette s'affaissa légèrement : "Nous étions... des enfants. J'ai été blanchi. Et vous le savez." Lock plissa légèrement les yeux et passa la main sur le bas de son visage, vaguement étonné de la réaction excessive de Carsen. La plainte avait été effectivement retirée – mais à condition qu'il n'approche plus la jeune latino-américaine, fille unique d'un couple de modestes policiers de Mexico. Il avait été vaguement étonné que les parents de Torres aient eu leur mot à dire contre le rejeton d'une riche famille occidentale, officier de la Marine Spatiale de père en fils. A sa connaissance, Jan-Thor Carsen avait respecté l'arrangement et sauvé un avenir qui avait tenu toutes ses promesses : une progression rapide dans l'armée, un beau mariage, quatre enfants brillants... Torres, quant à elle, était devenue flic comme ses parents. Elle avait trouvé la mort au fond d'une ruelle dans les premières semaines de 2032. On ne jouait pas avec la destinée. Carsen se retourna lentement vers Lock ; ce dernier fut choqué de l'expression que le General Marine ne cherchait plus à dissimuler : un mélange de douleur, de dégoût et de rage : "Vous pouvez vous amuser à fouiller mon passé, prononça-t-il avec un écœurement presque palpable, après tout, c'est le sale boulot qu'on vous demande. Mais laissez Rosa reposer en paix ! Je ne vous laisserai pas utiliser sa mémoire. Vous trouverez bien d'autres faits à déformer pour les employer contre moi." Il se redressa de toute sa taille, les prunelles flamboyant d'un feu glacé : "D'ailleurs, je ne suis pas le seul à avoir des squelettes dans mes placards, Lockhart. Vous avez bien failli plonger il y a quatre ans pour avoir délibérément violé un niveau de confidentialité de code 5. Vous avez été à deux doigts de tout perdre... Si le colonel Alvarez ne s'était pas porté garant pour vous et invoqué le droit à la désobéissance pour raisons de forces majeures, vous ne seriez pas en train de jouer les maîtres chanteurs." Cette fois, ce fut le tour de Lock de recevoir ces informations en pleine face, des informations qui n'auraient jamais dû quitter les centres de responsabilité de l'ISO. Mais Carsen n'en avait pas fini : "Mais je ne vous ferai pas l'insulte de le retenir contre vous, parce que j'ai pris aussi connaissance de vos motivations. Et même si certains aspects de votre personnalité me déplaisent, j'apprécie qu'un officier soit capable de prendre des risques pour ses hommes." Lock se raidit, s'efforçant de tenir sous contrôle son propre sentiment de colère et de trahison. Carsen avait raison, c'était une partie de son "sale boulot" de fouiller dans la vie des gens et d'utiliser contre eux ce qu'il pouvait y trouver. Mais cela relevait de son travail, pas d'une curiosité malsaine. Même le compliment en demi-teinte avait quelque chose d'humiliant, comme un os jeté à un chien. Il ravala avec difficulté sa fierté et posa les mains sur ses hanches, en une pause agressive : "Bien, puisque nous sommes quitte, finissons-en. - Nous allons en finir, mais pas dans le sens que vous souhaitez, capitaine. Asseyez-vous." Lock obtempéra, mais ne put retenir quelques paroles sarcastiques : "J'en déduis, mon général, que vous n'avez plus envie de nous éjecter de cette planète dès que possible ?" Carsen ne répondit pas immédiatement. Il prit place dans son propre fauteuil, les bras posés sur les accoudoirs. Le mur de glace était de nouveau en place. "Ou bien... était-ce juste la posture qui était importante ?" Ajouta Lock avec un regard aigu. Le Marine General le considéra, laissant le silence s'attarder, avant de répondre : "Tout autant que pour vous, capitaine. Et plus que vous ne pourrez jamais l'imaginer. La disparition des Spartan n'est anodine pour personne, mais vous devez comprendre que tout problème impliquant des genhum crée une onde de choc qui se propage et risque d'ébranler un édifice déjà fragile. Une chose que vous ne pouvez comprendre, entre les quatre murs de votre petite agence." Le capitaine laissa cette nouvelle pique glisser et attendit la suite. "Je n'ai jamais caché le fait que je désapprouvais l'existence des genhum, autant au niveau éthique qu'en raison de l'impact social, poursuivit Carsen gravement. Les soldats de base les considèrent comme des rivaux. Beaucoup d'entre eux les soupçonnent de vouloir prendre leur revanche sur les humains classiques – et pour moi, capitaine, ce n'est pas qu'un fantasme. Peut-être, aussi, parce qu'ils auraient des raisons valables d'agir ainsi." Lock fut surpris de cette admission et prêta une attention nouvelle aux propos du Marine General. "Dans ce contexte, je ne crois pas exagérer en affirmant que la disparition subite des Spartan a créé un début de psychose. L'intervention de l'ISO a renforcé l'idée d'une potentiellement lourde de conséquences... comme complot genhum contre les humains. Même si les hommes ont pu voir que les différents genhum n'avaient pas forcément de cohésion entre eux, ils les pensent capables d'aller au delà de leurs différends s'ils agissent dans un but commun." Carsen s'accouda sur son bureau, fixant Lock avec gravité : "Quand l'ICG nous a forcé à en intégrer à nos rangs, nous nous sommes limités aux troupes de base, destinées à demeurer un niveau subalterne. Nous avons refusé d'intégrer des modèles d'élite, parce qu'au sein d'une structure telle que la nôtre, il aurait été trop risqué ou polémique de les employer au niveau de leur capacité. Par ailleurs, un soldat de la base n'appréciera pas de côtoyer un Spartan ou un Rampart, mais il ne se sentira pas forcément inférieur. Mais comment pensez-vous qu'il réagira face à un Archange ? Un être conçu en laboratoire pour le dépasser à tout point de vue ? Ne croyez-vous pas qu'il aura le sentiment de voir remise en cause ce qui fait sa spécificité d'être humain ? Même s'il n'est pas vraiment conscient de ce qu'il ressent ?" Lock ne put s'empêcher de grimacer légèrement au tour philosophique que prenait l'exposé du Marine Général. Paradoxalement, il ne put s'empêcher de songer à Rag et à ses analyses de haut vol, mais cela ne faisait qu'appuyer le discours du Marine General. "Si des clones employés comme chair à canon sont capables de se concerter pour disparaître des radars, de quoi pensez-vous qu'ils jugeront capable un Archange de seconde série, à qui l'on semble avoir donné les moyens d'exercer un contrôle sur eux ? Imaginez à quelles spéculations peut se prêter une telle situation, à tous niveaux de la hiérarchie ? Ne croyez pas que le soulèvement de 2321 est enfoui dans le passé. Les hommes sont portés à penser le pire venant de l'ICG. Après tout, c'est le gouvernement qui a conçu les genhum militaires." Lock hocha lentement la tête : il savait reconnaître une analyse lucide quand il en entendait une, malgré tous ses paradoxes apparents. Il savait aussi reconnaître un acte politique quand il en voyait un. Et même s'il détestait l'exercice, il en comprenait la nécessité. "Je vois, mon général, mais il est important pour l'ISO de montrer de la fermeté. Si nous devons donner prise à ces... fantasmes, quelle crédibilité garderons-nous ?" Carsen se redressa et joignit ses mains, les coudes reposant sur la surface vitrée de son bureau : "C'est à vous de voir, capitaine, ce qui est le plus important à vos yeux : marquer des points dans un jeu de pouvoir, ou la sécurité d'un de vos hommes." Le capitaine ne put s'empêcher de sourire ironiquement, mais le Marine General poursuivit avec sévérité : "Je sais ce qu'on dit de moi. Mais c'est faux. Je pense juste que soutenir de grands principes au mépris des réalités peut mener à un désastre... et que les désastre sont contre-productifs. Et avouez, capitaine, que l'ISO n'est pas irréprochable. Votre Archange a les ailes rognées. Et quelle que soit l'attention que vous lui portez, sa situation vous avantage : il est pour vous un outil aux possibilité illimitées, qui restera à votre service aussi longtemps qu'il vous sera utile, sans jamais rien revandi... " - Non !" Lock se leva brutalement sous la morsure de la colère : "Qu'est-ce qui vous permet de me juger de la sorte ? Lança-t-il avec une rage mal contenue. Aucun des membres de mon équipe n'est un outil !" Carsen appuya son menton sur ses mains jointes, le visage sévère : "Je l'espère, capitaine, je l'espère. Car dans le cas contraire, vous n'êtes pas le type d'officier sous lequel je souhaite voir servir l'un de mes enfants." (A suivre...)
![]() Date de création : 08/06/2010 @ 16:40 Réactions à cet article
| Préférences
Se reconnecter --- 12 membres
( personne )
Lettre d'information
Recherche
| ||||||||
Concept
L'Intermonde


visiteurs
visiteurs en ligne


12 membres
Haut