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Episode pilote - 1re partie - Loin des cieux - 00
Campany, Planète Arcadium, 16 mai 2356

Le son qui s'élevait de l'holoposte n'était qu'un bruit de fond pour l'homme assis derrière le large bureau de néoteck d'Apaloos. Sur la surface doucement polie, parcourue de reflets caractéristiques vert et bronze, trônait un module de communication sécurisée, dans un habillage de métal brossé qui répondait aux nuances du néoteck. Les dalles de marbre étoilé et les murs de verre photosensible, à peine teintés, ajoutaient leur froideur parfaite à cet univers aseptisé auquel les couleurs chaudes des matériaux ne parvenaient pas à donner vie. Au-delà des murs vitrés, Campany ressemblait à une constellation émergeant des premières ombres de la nuit.

"... Les premières personnalités viennent d'arriver sur les lieux de la réception, récitait la voix féminine qui s'élevait de l'holoposte, tandis que les images en trois dimensions s'agitaient en vain à l'autre bout du vaste bureau. Les plus grands noms veulent s'associer à cet anniversaire capital dans l'histoire des droits de l'homme..."

Mince et élégant, l'homme portait un costume bleu nuit à col montant qui coûtait à lui seul autant que le meuble de rare néoteck. Son visage à peine marqué par les premières lignes de l'âge mur se penchait avec concentration sur une station de travail, appelant diagramme après diagramme, listes de chiffres après listes de chiffres. Au bout d'un moment, il recula son fauteuil et passa la main, en un geste machinal, dans ses cheveux blond sombre parfaitement coupés, comme s'il se forçait à réprimer une nervosité montante.

"... Après l'allocution du président, la star interplanétaire Mannilla Eschervin interprétera une de ses compositions, accompagnée d'un son et lumière holographique. Plusieurs invités gencon et genmod prendront ensuite la parole, afin de témoigner de ce qu'était leur vie avant l'Emancipation ..."

L'homme lança un regard machinal vers l'holoposte avant de reporter son attention sur le module de communication. Posant la main sur le scanner de reconnaissance génétique, il regarda l'écran prendre vie avant de taper sur demande trois mots de passe spécifiques.

"Connexion PA2 disponible", annonça une voix féminine synthétique. L'image légèrement brouillée d'un homme en tenue militaire se précisa. Grand et sec, l'expression fermée, il ne portait aucun signe d'arme ni de grade. Il salua d'un bref signe de tête, geste de politesse condescendante envers un civil. L'homme dans le bureau lui rendit sans la moindre manifestation de chaleur humaine.

"Unité 12398, projet PA2 au rapport, prononça le militaire d'une voix mécanique. Nous n'avons plus qu'un saut à effectuer vers notre destination. La route est déserte. Aucun témoin.

- Bien, unité 12398. Prévenez-moi de votre arrivée sur les lieux. Je tâcherai d'être sur place dans un délai de deux jours standard.

- Compris... Monsieur."

La communication se coupa, sans doute de l'initiative de son interlocuteur. L'homme tendit le bras pour éteindre le module de communication. Il se pencha légèrement en avant, les coudes posés sur le bureau, le menton reposant sur ses mains jointes.
 
♦ ♦ ♦

Dans l'Interspace, 16 mai 2356

 
Quelque part dans la zone interspatiale, un vaisseau militaire de transport léger avançait lentement vers les coordonnées du prochain saut. L'appareil à la gueule carrée, lourdement armé, n'avait rien d'élégant mais répondait parfaitement aux besoins de ses affréteurs. De puissants brouilleurs le rendaient invisible à tous les systèmes de repérages... Sauf peut-être à des yeux humains, mais dans cette partie de l'espace, le vaisseau inconnu représentait le seul îlot de vie. Le responsable de l'unité 12398 se pencha pour couper la communication.

"Mal nécessaire...", commenta-t-il, un soupir dans la voix.

Il se tourna vers son adjoint, qui présentait  un type physique étrangement proche du sien :

"Vérifiez que notre cargaison est en bon état. Personnellement.

- Tout de suite, monsieur", répondit l'autre homme en se mettant brièvement au garde à vous avant de quitter le poste de commande à grands pas.

Un trajet à travers des coursives étroites le mena dans une salle éclairée avec parcimonie ; en son centre, se dressait une sorte de caisson d'où émanait une légère luminescence. Un scientifique en blouse blanche, le cheveu rare et le visage pincé, leva un regard interrogateur.

"Contrôle de routine", annonça le militaire.

Le scientifique baissa les yeux vers un panneau de contrôle, en vérifia les données :

"Le sujet est stable. Le système n'a pas été affecté par la phase."

Le militaire s'approcha et posant la main sur le caisson, en observa le contenu avec fascination. Il leva les yeux vers le scientifique, comme sur le point de poser une question, mais se contenta finalement de hocher la tête :

"Bien."
♦ ♦ ♦

Campany, planète Arcadium, 16 mai 2356
 
"... Aujourd'hui, 16 mai 2356, voici exactement vingt ans que la création d'êtres basés sur le génome humain et la modification non thérapeutique de ce génome ont été officiellement interdits. Voici exactement vingt ans que les humains génétiquement créés ou modifiés ont acquis des droit civiques et ont cessé d'être considérés comme la propriété du gouvernement ou des corporations..."

L'homme dans le bureau releva brusquement la tête et son regard pivota vers l'holoposte :

"Arrêt", prononça-t-il sèchement.

Les figures holographiques palpitèrent, moururent. La voix de la commentatrice laissa place au silence.

L'homme s'étira légèrement et se tourna vers la haute silhouette qui s'élevait, imprécise, dans la demi- pénombre :

"Nous pouvons y aller, Samaël."
 
 
Creative Commons License

Date de création : 11/12/2009 @ 09:16
Dernière modification : 04/05/2010 @ 09:10
Catégorie : Episode pilote - 1re partie
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Réactions à cet article


Réaction n°7 

par Beatrix le 06/08/2010 @ 12:11

Merci d'être passée et de ton commentaire ! :) (Avec tous vos compliments, je en sais plus où me mettre... s)

Pour ce qui concerne le bureau... il est fait de néoteck, un bois coûteux. Rare est juste l'adjectif qui caractérise cette matière, pour renforcer son aspect luxueux. Ca aurait aussi bien pu être un bureau de "précieux néoteck" ou d'"authentique néoteck". Juste une petite préciosité de langage qui n'est pas syntaxiquement inexacte mais qui, j'en conviens, peut surprendre.

Bon, il va vraiment falloir que je me dépêche de corriger la suite n !!!

Réaction n°6 

par Seby le 06/08/2010 @ 09:53

Enfin une petite minute pour lire ce qui s'annonce être un chef d'oeuvre. Dans l'immédiat, j'avoue ne pas avoir envie de commenter mais de passer directement à la suite. Rien ne m'écorche, et je suis impatiente d'en lire plus. Mais comme je suis pénible, j'ai quand-même une petite remarque sur cette phrase :

« qui coûtait à lui seul autant que le meuble de rare néoteck. » Je n'ai pas compris le sens du meuble de rare néoteck. Le "de" est en trop ou il y a un sens qui m'échappe ?

Réaction n°5 

par Beatrix le 12/06/2010 @ 06:14

Merci, Wolf, ton commentaire me touche beaucoup. J'espère que la suite ne te décevra pas ! e

Réaction n°4 

par Wolf le 11/06/2010 @ 20:17

Cela faisait un moment que je venais sur ton site sans toute fois me lancer dans la lecture à proprement parler ! C'est donc désormais chose fait et je n'ai pas été déçu du voyage.

En parlant de voyage j'ai remarqué que tu posais ton univers en douceur mais de façon ferme, je pense notamment aux termes inventés pour l'occasion mélangé comme si de rien était à une narration captivante. Dur dur de trouver un défaut autre que le "heureusement qu'il y a la suite en ligne !", je n'en ai d'ailleurs pas trouver pour le moment !

En tout cas une chose est sûre c'est un univers que tu parais très bien maîtriser et dialogues au ton juste. Bref c'est du beau boulot et si j'étais pas aussi fatigué je lirais sans doute la suite mais j'y reviendrais !

Pour conclure je dirais que ton texte est juste et bien dosé, les dialogues sont intéressants et se mêlent admirablement bien aux phases narratives. Que du bonheur comme on dit !

Réaction n°3 

par Aresya le 04/03/2010 @ 23:54

Je me suis enfin décidée à jeter un œil à ton histoire. Il faut dire qu'en tant qu'amatrice de science-fiction, il aurait été dommage de passer ma route !

J'ai trouvé que les descriptions étaient bien maîtrisées. Tu rentres dans des détails, qui permettent d'avoir une idée assez claire de l'environnement dans lequel évolue tes personnages. Pour le moment, je n'ai pas grand chose à dire sur ces derniers, vu qu'il est encore trop tôt pour s'en faire une véritable idée. En fait ce qui suscite l'intérêt, c'est plutôt l'intrigue qui s'esquisse au travers de la cargaison, mais aussi de la dernière scène et des propos tenus par l'holoposte. On ne peut s'empêcher de faire un rapprochement entre les deux éléments... de quoi attiser la curiosité pour aller jeter un œil sur la suite. Au niveau du style, rien à redire. En tout cas, on sent un gros travail derrière ce projet... et cela mérite d'être salué !

J'irai jeter un œil à la suite prochainement.

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